17 avril 2014

Les Gouines de Fadela



Cette nuit fut particulièrement courte, et dans les cycles supposés du sommeil, et dans sa durée ressentie, Bergsonienne, dirons-nous. J’ai rêvé de L., mon ancienne petite amie, l’une des dernières, voici quand même quinze années, et qu’elle était une gouine de Fadela, que Fadela la léchait goulûment et m’en faisait des rapports : consistance de l’utérus, douceur des muqueuses, liquide saumâtre, une langue opiniâtre parait-il, pour un langage limité, éclatant l’espace. Mais le langage est toujours limité quand on baise, il est brut, il est bon, motivant, excitant. Je suis mélolagne. Un peu. Parfois terriblement. Mais seule m’excite la parole, dire, et entendre, sans forcément écouter. Ca renforce l’idée scénarisé de l’acte sexuel. Mais certains mélolagnes sont plus curieux encore, sûrement plus atypiques : D., « toujours motivé par de nouvelles expériences », parle à cet homme excité par d’autres sons, liés aux matières. Ce dernier doit s’adonner à la fornication d’une manière très curieuse, mais je pense que nous ne forniquons pas tous de la même façon ni que nous nous assemblons à l’identique, cela même dans des rapports sexuels classiques, autrement dit limités : pipe, pénétration, pipe, pénétration. So-do-mie (ce son est très musical, quand Fadela le scande, entrouvrant légèrement ses lèvres carmin). Les gouines de Fadela ne se pénètrent que digitalement, elles n’aiment pas le contact du plastique, sentir dans leurs vagins ces bites virtuelles que parfois les gouines utilisent, parce qu’elles sont incomplètes. Certaines s’en attachent, avec une ceinture, pour donner l’illusion à leurs brues qu’elles sont d’un troisième genre. Certains hommes, pas forcément homosexuels, pratiquent cela, écartant les jambes en donnant à leur femme l’accès à leur anus humide et désireux. Il y a des filles hétérosexuelles pénétrantes. Leur psychologie m’attire. Ces derniers éléments ne sont pas dans le rapport, mais dans la vie « sensible, concrète, telle qu’on peut la toucher, la saisir, sans jamais pouvoir exactement la manipuler » comme je disais dans une précédente entrée de mon journal. Cependant, le rapport continue : L. n’étant pas particulièrement étroite, du fait de sa corpulence, et de ses désirs, les doigts ne lui suffisaient pas, alors les gouines de Fadela, sous l’égide de leur dictateur, étaient autorisées d’utiliser leurs pieds, pour la combler, après les avoir recouvert de cellophane car les pieds de ces gouines-là étaient couvert de verrues – les verrues plantaires sont éminents contagieuses dans ce rêve. Certaines personnes adorent les pieds : les masser, les sucer, les prendre en bouche et s’en délecter comme d’une queue, d’une muqueuse et d’autres, en revanche, détestent, exècrent, vomissent les pieds, car c’est bien la partie extérieure, dirons-nous visible, la moins harmonieuse d’un corps humain, une excroissance pratique, aux lignes, aux contours absolument douteux et inesthétiques, surtout chez B. qui pourrait les avoir palmé que cela ne ferait pas grande différence. Le rapport n’est plus et la scène se dessine sous mes yeux : L., affublée de deux moignons, garde toujours ses chaussettes, avant de se faire pénétrer par Fadela and co. Impatience, exaltée, elle écarte ses jambes, dévoilant des montagnes de varices, de cellulites, et les chairs pendent, comme des jambons, et des exhalaisons de viande dansent dans l’espace. Et L. sourit. Elle est secrétaire. Elle sait donc sourire sans trop se forcer. Fadala sur un trône domine la scène et ses servantes lesbiennes comme une procession, pénètrent L., une à une, dans une étrange tournante musicale, ponctuée par les cris porcins de L., laquelle, agitée par des convulsions toujours plus extatiques, exulte, gémit, cumule les orgasmes, ouvrant de plus en plus son temple, comme une porte étrange, mouvante, émouvante. Fadela se lève alors, dignement, et les gouines s’écartent, la laissant passer. A elle seule, elle est cortège, et toutes les gouines à la fois s’abaissent dès lors qu’elle les dépasse. Etrange procession. Mais Fadela avance vers L. qui gémit de plus en plus fort, le visage déformé, contorsionné par l’orgasme, les yeux révulsés, injectés de sang. Puis Fadela entre dans son corps : d’abord la tête, puis les épaules, la poitrine, le ventre, les fesses, les jambes et Fadela disparaît en elle toute entière. Les gouines, elles, se consument et s’évaporent sans un bruit, dans une odeur de forêt. Des milliers de spores flottent dans l’espace. C’est l’éjaculation collective. Cassure, déplacement, enfin cela est typique de l’architecture du rêve que les lieux permutent sans cohérence : me voici cloîtré comme il m’arrive souvent de l’être dans ce genre de pièce qui conjugue l’aspect carcéral et l’aspect psychiatrique d’une chambre d’isolement. J’y vois un lit, avec des sangles. Mais je suis libre. L. est entrée dans la pièce, avec son tailleur de secrétaire, boudinant tellement sa graisse qu’elle ressemblait à A. ligoté dans ses jeans. Elle m’a regardé attentivement : « Nicolas, tu as changé, mais tu es toujours identique. Je sais ce que tu penses du sperme, que c’est la meilleure chose, et en même temps la chose la plus dégoûtante existant en ce monde. C’est pour cela que je suis devenue gouine, pour assouvir ta troisième volonté. » Et ce fut tout. Le quotidien m’attend, avec encore cette phase légèrement trouble qui précède la levée du corps.

(Ecrit le 15 mars 2007)

Extrait de mes journaux intimes : Querelle(S) toujours disponibles sur Thebookedition en format papier et numérique. 

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9 avril 2014

Viol et Revanche


Comme un scénario porno qui finit mal, petite tragédie ouverte sur la nuit
Monde qui se referme : terre de ciel, mousse sur le sexe
Tu es venu avec cette serviette blanche autour de la taille
Pour la faire tomber comme un pantin désarticulé,
Plein jour devant la baie vitrée
Une proposition de sodomie pour empêtrés
Le corps qui se refuse, celui qui en abuse
Sur le grand sofa alangui au cuir dément
La mécanique sombre et sauvage, turgide
D’un incessant naufrage :
Tu m’as pénétré
Je t’ai défenestré.


Illustration : provenance inconnue.
Texte : Pondu le 17 janvier 2012
Musique : unspeakable ? 

27 mars 2014

ManTra



L’homme qui fait rire, l’homme qui fait jouir, perd l’assurance des matins gris. On le regarde avec désir et lui faire un café n’est jamais une corvée. Le matin blanc a beau crever la rétine, il éblouit chaque fois et, si même son corps se fane, se tache, devient diaphane, laiteux, incongru, ou pire, monstrueux, il chasse l’ombre, le chaos, avec la force inespérée d’un talisman.



Illustration : Les Anges, dessin au fusain. 2001.
Texte : pondu le 27 décembre 2013
Musique : Camouflage Motif Sky

17 mars 2014

Arithmétique du Galet

Sur la plage avec toi, au coin des arbres mais ton coeur je ne l’entends pas battre. Je suis avec toi, à tes côtés et nous parlons lentement, parce que couchés, le temps inévitablement arrêté pour nous en ces lieux paisibles, autour d’hommes étrangers qui pourraient partager nos couches, moins que nos couchers de soleil. Tu es là, je suis là et tout n’est qu’absence. Les silences sont lourds et profonds parfois, l’étendue bien trop paisible en cet après-midi. Deux nageurs parfois brassent la masse de liquide, giclées rapides bravant un vent qui aime à se taire, se fait caressant sur nos peaux veloutées par la crème solaire. 
Tu enlèves ton slip pour te baigner, nu, un instant. Je regarde tes fesses s’enfoncer dans l’eau fraîche. Tu ne te précipites pas, mais tu n’hésites pas non plus. Tu t’engouffres avec sagesse. Ton corps plonge dans l’élément et tu sors aussitôt de la masse plate que tu as animée, cache de ta main ton sexe lorsque tu arrives face à moi, qui te regarde, perdu dans un labyrinthe de pensées. L’eau impure du lac perle sur ton corps, comme des petites gouttelettes prêtes à éclater, capturées par ta crème solaire dont l’indice n’est finalement pas si important. Je formule en moi-même un moment le souhait de te sécher avec ma serviette, la tienne, ou ma langue, pour éviter que tu attrapes froid : le soleil est capricieux, sa course se poursuit au détriment des nuages, qui le malmènent. Tu te sèches et t’allonges de nouveau à côté de moi, présence délicieuse. 

Je jette trois galets dans l’eau, du plus loin que je peux. Et en ramène un à mon insu, perdu dans ma serviette. Découverte qui prolonge le plaisir de la veille au lendemain.


Extrait de mon recueil Les Corps Cendrés, toujours disponible en format papier sur thebookedition :
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3 mars 2014

Déliquescence : l’Amour Amer



Je me suis perdu dans l’ombre d’une femme, rassurante et sincère, toujours en demande de cet amour de conte, exquise et mélancolique gourmandise. Elle m’a dit, vipérine : que ferais-tu, si je n’étais pas là ?

J’irais te cueillir quelques fleurs, composer un bouquet, les activités de poètes, quoi. Je te chanterais avec des mots, (les mots d’un autre), des mots éternels : peu de lettres suffisent à décrire les mouvements du cœur. J’ai bien vu que son sourire dissimulait quelques inquiétudes et ses charmes légers dépérir aussitôt.

Iras-tu voir une autre, si jamais je mourrai, balbutia-t-elle enfin, avec ce regard de jeune femme effarée ? Que lui dire si ce n’est qu’au fond l’amour est fort peu de chose face aux mouvements élégants de la vie ? 


Illustration : Dali et Gala.
Texte : pondu le 27 décembre 2013
Musique : Depeche Mode - Soothe My Soul

21 février 2014

La Baraque à Cancer



Quand on vieillit les boîtes de conserve se transforment en canette de soda, le garde-manger - qu’on appelait autrefois avec cet émerveillement gourmand la caverne d’Ali Baba - devient une baraque à cancer : plus rien n’a d’importance, la voie est laissée à la faucheuse pourvu que sa faux ne soit pas trop aiguisée. Suffit qu’elle soit rouillée : tétanos et thanatos se joue une valse sur son affreuse lame. Et les personnes tant aimées s’en vont, une à une, dans cette solitude pesante qui sent le soufre. Papi est mort, papi est parti, il va rejoindre mamie, là-haut dans le ciel. Nous pourrons compter les étoiles dans le ciel, ce soir, et demain, et bien, nous viderons les placards. 


Illustration : Maison à dessiner. Sur : http://needo.over-blog.com 
Texte : Pondu le 20 décembre 2013
Musique : La Fête Triste, par Trisomie 21.

13 février 2014

Botanique / Des Voies du Désir

C’était très intime jusqu’à maintenant et cela pourrait l’être encore plus, je veux dire : sexuellement. Tout de suite, le mot est lâché, claque comme le fouet sur une peau satinée, une lichette d’alcool, suspendue aux lèvres d’un nouveau né. Je ne plaisante pas.

Souvent, comme chaque être humain normalement constitué, je n’entends pas par là, avec deux bras, deux jambes, une tête, dix orteils, un éventuel myxœdème, mais bref, je m’évertue à avoir / concevoir des attentes et désormais, ce qui n’est guère inédit, je n’en ai plus vraiment, sans être au point mort, du moins, au point de non-retour : j’éprouve donc des désirs, intellectuels ou physiologiques, seulement, par un étrange maléfice, ils ne sont jamais synchrones avec la réalité, du moins, avec le possible que me soumet la réalité, ce qu’elle (me) permet de réaliser.

Sans doute est-ce là le spectre d’un masochisme ardent que je cultive à mon égard, à mon insu, comme un jardinier dédaignant quelques mauvaises herbes, pour qu’elles se reproduisent encore et encore, ceci, avec la finalité expresse et non avouée d’effectuer, dans son joli jardin, toujours plus de labeurs. On ne saurait être plus explicite : les métaphores touchent l’être, en substance, par le paraître même de l’image et les reflets que celles-ci impriment - ou du moins suggèrent - dans le subconscient. 

***

Le désir accrescent des fleurs tombe au soleil
Et des voiles de lin nous racontent merveilles
Un vent de destinée darde un rayon diapré
Parcourant la ville, l’océan et le prè

Amour entomophile
Découvre-toi d’un fil
Et de ton bec de grive
Ebauche-moi un hile

Et ainsi le désir vint à se satisfaire
Imprimant sur la chair les parfums délétères
Et la fleur racornie aux parfums putrescents
Inventa pour les sens comme un amour naissant

***

Nous sommes immergés dans cette époque qui ne veut pas de nous en tant qu’humain, du moins, pas tant que nous ne sommes pas Fleur et les fleurs, orgueil ou blason, fanent promptement, comme tu le sais, un jour ou l’autre, parce qu’elles ne durent jamais longtemps. C’est ce que veut la nature. C’est la règle, il en va ainsi de l’ordre du monde.

Or :
L’orgueil des fleurs, existe-t-il, ainsi que celui de Narcisse, devenu fleur ?
Conçoivent-elles des intuitions justes, concernant leur destinée réelle ?
Connaissent-elles autre chose que leur destinée supposée ?
Qu’elle ne peut, cette destinée, que s’accomplir dans la continuité, celle-là même qui trace la voix de l’éternel ?

Cela dit, il est un fait établi que certains, parmi nous, aiment à sécher les fleurs, entre les pages d’un livre, afin de les converser, momies végétales, graciles décomposées - taxidermie du pauvre, momification anecdotique : c’est là donc, probablement, la mort du désir, en tant que chose vivante : la possession, totale et inaliénable, d’une chose transfigurée qui peut ravir, au-delà de nos sens. Un tel amour me semble humainement impossible.



Extrait de mes journaux intimes : Querelle(S), disponibles sur Thebookedition en format papier et numérique
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3 février 2014

Corpus Christine



Le corps de Christine est boudiné, vendu à son cousin, saucissonné dans la lie monodique d’une vie confortable. Chaque matin, elle se réveille la haine au ventre : ce ne sont pas ses enfants consanguins qui la révoltent, mais les gens normaux, les gens qui s’aiment.

Quant à son visage grossier, avili par les stigmates de l’intolérance, elle ne le voit même plus tant elle est persuadée être dans la Lumière - et la lumière aveugle. Dis-moi Christine, qu’elle est ta conception du bonheur ? Que signifie, pour toi, le mot spiritualité ? Qu’en est-il de ce concept suranné, fustigé en place publique : l’amour du prochain ?

Si j’étais une religion, clame-t-elle, je serais politique. Si j’étais la paix, je serais inquisition. Ce monde est souillé de sorcières, de démons qui s’inventent un martyre : donnons leur satisfaction en les brûlant un à un dans les flammes de l’enfer.

Entre deux selles, pour aller mieux, Christine, illuminée, s’imagine un génocide de dauphins. Puis vient l’heure tant attendue de la mise en scène : la miss reçoit des hosties, qu’elle transforme, au fil des jours, en nacre, heureuse bénédiction. Ne serais-tu pas dans l’erreur, très chère créature ? Ce n’est pas de la nacre, qui sort de ta bouche, mais bel et bien des crachats.



***

Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l'homme impur, mais ce qui sort de la bouche. Voilà ce qui rend l'homme impur.
Matthieu, 15.

Illustration :  la restauration ratée (ou réussie, c'est selon) du Christ de Borja.
Texte : Pondu le 8 janvier 2014
Musique : Nina Hagen, Silent Love

21 janvier 2014

Le Loup du Stupre


Tu pensais être beau, tu pensais être fort, comme un Loup à l’abandon chérissant son trésor, loin du troupeau, la proie au bec, convulsive derrière un rocher, humble lambeau de chair au goût d’adolescence. Tes muscles broient la créature qui résiste, tes canines dévorent dans la nature silencieuse : humble phallocratie.

Mascara et larmes de sang : te voilà femme, digne représentante des lupanars, les jambes longues comme éternelles, jarretelles saillantes, les jambes incarcérées dans l’acier sulfureux de tes bas. Tu dis : c’est en haut, que cela se passe : dans mon regard. Que l’homme suffoque, ou qu’il suppute, tu le tiens suspendu, convulsif, à l’appétit à ton vagin.

Vieillissant, mais vorace, tu guettes les jeunes filles dans la nuit et promets la lune aux jeunes garçons perdus ou dévoyés, ceux qui marchent d’un pas peu rassuré dans les parcs à hormones, parmi les buissons ardents de passions sulfureuses. Leurs incertitudes, placardées sur leurs visages diaphanes, t’enchantent.

Fortuna, Fortunae… C’est toi, le Loup du Stupre, ce démon charnel qui s’affranchit des mythologies, ce dieu tribal qui domine les fantasmes les plus décousus, prêts à surgir à l’encoignure, en divin satyre, chantre de la pourriture. Tu dis, sourire d’arabesque : ta fonction d’arrêt s’arrête à mon cran d’arrêt. Et la nuit, sur ces ombres, n’a de cesse de tomber. 



Illustration : Extraite du film de Bruce Labruce Otto; or  up with dead people
Texte : pondu le 27 décembre 2013
Musique : Arcade Fire Reflektor
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