21 mars 2013

Zoltar Kills



Il est, la nuit, des constellations qui nous observent et qui, croyez-le, conspirent contre nous : quel ardent théorème que d’être observé par delà les lois du visible, d’être convoité par l’intangible : comme un élu, ou à défaut, comme un cobaye.

Un jour que je regardais dans la nuit d’étranges étoiles, apparues là avec cette fugacité chère aux comètes, au-dessus d’un val dont on dit parfois qu’il est hanté, une lumière bleue asséna à l’espace une note de mystère insaisissable, un tendre parfum de danger : je me sentais appelé par cet Eden meurtrier.

Je franchissais le couloir où dormaient les parents, toutes portes ouvertes pour mieux répondre à l’aperture de mes cauchemars d’enfants, et m’envolais au loin, sur ma bicyclette, direction la colline, fasciné toujours par ces lumières qui tournoyaient dans le ciel noir comme des lucioles épouvantées.

On m’a retrouvé nu et inconscient, dans le repli sinueux d’un sillon énigmatique, à la conjoncture d’une géométrie maya restée inexpliquée ; on m’a retrouvé nu ainsi au centre d’un géoglype, le corps blanc, immaculé, l’anus craquelé, et désormais aux lèvres comme au corps, un goût évident pour les licornes.


Photographie : Extraite de Mysterious Skin, excellent film de Gregg Araki. 
Texte : Pondu le 22 juillet 2012
Musique : Hésitations de Cosmos70. Si vous aimez les ambiances spatiales, Voices devrait vous plaire. Superbe album, et le deuxième opus ne dépareille pas ! Et en plus, ils sont lyonnais. 



21 février 2013

Une Verge dans la Main comme un Révolver

Ma main, moins désireuse que mon esprit de communier, renia l’épais lambeau de chair : c’est un labyrinthe où je peux me perdre qui m’intéresse, un pur dédale et non la facilité séduisante d’un rapport factice, immédiat, avec des hommes qui, s’ils en sont possiblement par la chair sanguine qui déforme la fibre de leurs pantalons, n’en sont pas, n’ayant du sexe que la propension, la peau douce des bébés.

- La peau n’est séduisante qu’accidentée. 

Il y a quelque chose qui choque dans le refus quand bien même ton geste est le fait d’une action imposée, tout comme la mise en bec d’une hostie par un curé décati et vicieux, un privilège acquis par un regard mal interprété, un sourire qui ne coûte rien à la mâchoire ; à 23 heures, début de semaine, c’est un drame d’un instant qui se joue au pays exsangue et sulfureux des renifleurs.

- Elle n’est pas assez grosse ?

(Mais si, Kevin, Brandon, Brian, or whatever, ta queue est merveilleuse, c’est la surface qui l’entoure, cette certitude d’être désirable, objet du désir d’autrui, tout comme un sextoy dantesque et rose appelle mamie, sur le papier froissé du catalogue trois vices, qui me plonge dans un profond dégoût mêlé d’envie, une absence totale de fascination ; tout ceci, mon ami, n’est que chair à canon.) 

Ou peut-être trop honey ; si ton sommet est celui de la chair, il te sera profitable en tout, un moment. C’est que la vie est merveilleuse, si l’on s’ingénie à trouver le bonheur dans la surface. Moi, petit cœur, j’ai l’habitude des profondeurs, je suis rompu aux eaux troubles mais il m’arrive, parfois, de regarder à la surface, tel un narcisse noyé qui cherche au-delà des eaux celui qui le regarde - et saura lire en lui. Peut-être lui, malgré sa jeunesse éclatante. Mais pas toi.

- Ta verge, dans ma main, c’était comme un révolver. Et je ne veux pas mourir.

Extrait de mes écrits intimes : Querelle(S) III :
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21 janvier 2013

Polaroid Androïde



A mes côtés, ce matin, ce corps qui s'éveille à grand bruits et suscite l'indifférence : un baiser qui se donne, un peu rance, sur les lèvres - haleine défaite et yeux gonflés. La proposition d'un café qui ne séduit pas : le premier cependant, passage obligé vers la vie, ou ce qu'il en reste. Et cette érection qui tiraille dont on sait qu'elle ne fait pas bon ménage avec le désir, déforme le Vichy : c'est un mensonge gravé sur la chair tubéreuse, une démence qui se substitue peu à peu à la folle jeunesse. L’étreinte est une mécanique du vide, un contre-pied au mauvais œil, une fade volupté pour impotents. A notre âge, nous ne pouvons plus nous aimer. Les jeunes garçons du voisinage nous donnent envie de croire mais ce dédain qu'ils affichent à notre égard nous jette dans la tristesse la plus profonde.

Sur un album suranné, cuir décharné, je regarde mes années qui défilent, une à une, le soir venu ; les coupes de cheveux, les vêtements servent de repaire temporel, me plongent dans de mornes légendes comme autant de prisons dont je suis l’infâme geôlier, l'éternelle victime. Lentement, je passe d'un siècle à l'autre avec cette nostalgie amère qui pousse à mépriser avec passion le Présent, ce vestige cruel, une ruine sans histoire. Des chiens décédés qui ornent la surface des polaroids font penser que la mort rode, qu'elle cherche à se spécialiser dans l'être humain. Nous n'avons ni chat, ni chien, juste lui, juste moi : à peine des humains, des meubles qui pensent et se déplacent à l'allure des gastéropodes.

L'argentique ne raconte pas d'histoire, ne triche pas : je m'aperçois qu'il y a sur la surface de ces photographies quelques ombres étranges qui laissent supposer - comme l'imagination cavale, et avec elle la raison - que le Gouffre n'est pas loin, qu'une chose informe, façonnée dans le néant et l'absence de matière, s'apprêtait déjà, à chaque instant, à nous dévorer, à envahir l'image pour la condamner au Noir ; les scènes s'effacent-elles peu ou peu, au fil des ans ou sont-ce les photographies qui vieillissent inexorablement, un témoignage futile qui se refuse à l'éternel ?

Je montais au grenier, pour retrouver dans une malle vétuste, ornée de feuilles d'or, un polaroid poussiéreux, fabrique des instantanés du temps jadis. Mon compagnon, en robe de chambre, se contentait de m’obéir sans passion, à peine intrigué par la présence de cet objet devenu insolite, brandit avec la folie d'un chasseur de fantôme. Au fil du temps, le bougre s'était habitué à mes bizarreries, il ne cherchait plus à me contredire. Je lui proposais de prendre la pause, non loin de cette insignifiante nature morte qui lui plaisait tant : un hommage à nos patiences mutuelles, nos mensonges usuels. « Un peu plus à droite, un peu plus à gauche. Tu peux sourire, si tu veux, ce n'est pas en option. » Le temps de l'immortaliser, et de le voir apparaître, décharné, sous les traits de quelqu'un d'autre, enveloppé d'un drap noir comme une seconde peau. Des chrysanthèmes jaillissaient de ses orbites et sa verge, autrefois copieuse, n'était plus qu'un vers.


Illustration : provenance inconnue.
Texte : Développé le 6 juillet 2012.
Musique : The Vyllies - Beautiful Disease

15 janvier 2013

L'Impossible Voyage



Après avoir étudié une kyrielle de destinations suspecte à prix cassés ou cassants, j’avais demandé pour nos vacances qu’elle nous trouve, l’opératrice, une petite île déserte bien calme, intégralement dépourvue de voisinage, et de wifi. Madagascar, vous savez, ce n’est plus ce que c’était !

Surprise par ma requête, elle m’a indiqué avec un dédain d’une discrétion arrogante que les îles désertes n’existaient plus depuis belle lurette et que les voyages dans l’espace n’étaient toujours pas à l’ordre du jour. Les ermitages et autres retraites religieuses, quoi qu'il en soit, ne sont pas dans votre budget.

« Vous avez bien une petite chambre d’hôte quelque part au milieu de nulle part, dans la campagne ? A condition bien sûr qu’il n’y ait pas trop d’émission de gaz carbonique : les vaches, ce n’est guère bon que dans l’assiette. »

Nous en vîmes des photographies de ces chambres d’hôtes, merveilleuses ou dispensables, mais la tronche des propriétaires ne nous revenait que trop rarement : aucune envie de croiser ces visages bouffis ou obséquieux le matin, au petit déjeuner !

Agacée par mes incessantes critiques, fatiguée par la longueur de l’entrevue, et les contrats de fait perdu par ma persistance, elle me dit, d’un ton aussi sec qu’un shooter bien frappé : allez donc voir au coin de la rue, les pompes funèbres font une ristourne sur les séjours à la morgue.

Illustration : Provenance inconnue.
Texte : Pondu le 24 septembre 2012


11 janvier 2013

Microfriction

Un soir d’ennui pas fait comme un autre où victuailles se conjuguent avec funérailles, je lui ai dit : je ne te désire plus, tu es lent et mou, alors, il a disparu, mon chéri, il s’est volatilisé comme une dinde effrayée par la vérité : les sentiments nous mènent tambour battant à l’abattoir quand les corps se s’ébrouent plus dans le noir. 

Pondu le 13 septembre 2012.

7 janvier 2013

Bolide

Propulsés comme des fusées, lancés comme des bolides, mes désirs filent au travers de décors pastel, en tout sens, à tout vent, ils défilent et derrière eux fume la poussière, brume et argent ; à toute vitesse, un jeu d’adresse, une esquive, coup de volent sévère, comme un coup de reins, je m’imprime dans ce paysage d’enfant. Mes désirs sont des bolides, montés par des chimères énigmatiques, mythologiques, dont le cœur bat, la verge croît. Des bolides, mes désirs, la formule de l’effort, dans un stade où chaque crissement pousse le paroxysme, fondent dans les décors sismiques - et orgasmiques. Et je suis un bolide qui roule sans fin, fi du carburant que je suis, un bolide qui souffre de ne pouvoir se planter dans ce putain de décor amovible et hostile pour ouvrir d’autres voies - non pas des raccourcis. Utopie de penser qu’un singe un peu subtil et largement farceur me lancerait d’un geste nonchalant et gracile une peau de banane sur laquelle les pneus de mon super bolide filant le vent comme une étoile glisseraient, lamentables, comme sur du verglas, mon désir foncerait alors sans retenue sur une étendue d’eau infinie qui me submergerait, à vie.

 - Mario kart, c'est comme les partouzes ma chérie, c'est mieux à plusieurs.

Extrait de Querelle(S) III :
Acheter Querelle(S) III

31 décembre 2012

Les Jupes


Les Jupes, rue Fevret. Dans l’auguste félicité d’un soir pluvieux, je me souviens de vous, vrillant et ricanant mollement comme des commères trépanées, vos lèvres molles et violettes faisant palpiter aimablement les stries de l’alcoolisme, des sillons dessinés à l’encre rouge sur vos peaux délicatement porcines.

Quelle émotion en moi de vous revoir ainsi bavarder sous un feu rouge, battre le pavé à l’allure des gastéropodes, vos paniers d’osier chargés de liquides osés, d’un sang liquide qui se substitue au vôtre : un bonheur simple, et familier.

Quel plaisir à nouveau de me confondre à ces images d’autrefois, madeleines frelatées du siècle dernier : ces petites femmes lentes et vaillantes qui se promenaient longuement par pack des deux, petites sœurs sémillantes et factuelles de Brigitte Fontaine, la poésie en sus, elles me souriaient souvent, comme si elles me reconnaissaient, petite fille illégitime.

Elles portaient des jupes, été comme hiver, que le soleil crève l’asphalte, que la pluie tombe averse,  et sous ces jupes, d’affriolants bas de contention. Cette apparence qui les plaçait hors du temps : perpétuelle détention dans des habits semblables, témoin des jours qui ne passent plus, du temps qui se fige, s’éteint : deux fantômes d’un cirque de genre commun placés là, bavarde et heureuse sculpture, photographie témoin d’une époque où se croisent les tendances, les stigmates purpurines de la France.

Il m’arrivait parfois, les Jupes, de vous imaginer nues, mues par une complicité sirupeuse sur fond de cirrhose, éperdues comme des vestales névrosées, de vous imaginer vous livrant à des ébats mollassons dans des draps à fleurs surannés, jaunis par l’urine, un drame charnel qui fustige le bon sens : un rapport sexuel archaïque, entre femmes, digne d’une peinture naïve, cela qui me revient comme un haut le cœur à chaque gorgée de vin, intimes souvenirs des jours dijonnais qui passent sous la pluie, loin d’une chouette microscopique, éthylique symbole souillé de chyme.


Illustration : exemple de créatures qui peuplent le film 20 centimètres, un film au titre évocateur. 
Texte : écrit le 8 juin 2012.
Musique : Massive Attack - Live with Me.
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